05-Abbaye 4

Les abbayes, à la fois associations volontaires de tireurs et fêtes de tir, « patrimoine immatériel » du Canton de Vaud, font partie des moments traditionnels et conviviaux forts dans la vie de notre région. Si l’abbaye ne revêt pas de caractère religieux, le lien avec la tradition religieuse est bien présent, et le culte d’abbaye constitue un moment particulièrement solennel de la fête.

Nous avons saisi l’occasion des fêtes d’abbayes à venir, notamment celle du 300ème anniversaire de l’Abbaye de la Saint-Jaques d’Etoy, pour solliciter quelques Abbés-Présidents en vue du présent article. Nous les avons invités à nous donner un écho de leur expérience et de leur engagement.

« Les liens humains ! La chaleure humaine ! » Pour Florian Magnollay d’Etoy, l’esprit qui anime son abbaye est celui d’une famille élargie. Il s’agit de s’aider, de s’ouvrir aux autres et de se retrouver à hauteur de regards entre tous, une attitude qui s’exprime par le tutoiement. L’abbaye en appelle à l’esprit citoyen, à un sentiment d’appartenance et de ferveur patriotique. « Notre devise : humanité, amitié, fraternité ! J’essaie de le faire de manière complète ! »

L’abbaye se doit en même temps d’être digne, par les tenues et les comportements, dans le respect des traditions, y compris les menus. « Mais tout cela doit servir à quelque chose, sinon on reste dans un musée ! »

Sa passion de l’abbaye date de l’enfance : « J’ai vu des hommes qui s’entendaient, qui avaient un objectif commun. Mon père m’a inscrit à 20 ans ! J’étais fier ! Je pouvais tutoyer les anciens ! »  Il y a eu des Magnollay dans l’abbaye depuis le début.  On vit des moments intenses, en contact avec l’histoire. » « Les contacts, c’est essentiel. Les bons contacts. Essayer encore et toujours dans le contact, aussi par l’exemple.»

05-Abbaye-3

Avec l’appel sur la place St-Jaques, la prise et et la remise du drapeau, le cortège, le culte fait pour lui partie des moments incontournables d’une tradition vivante et figure dans les statuts. « C’est un moment chaleureux que j’apprécie beaucoup parce que l’église est pleine. Notre pasteur s’est beaucoup investi pour connaître notre abbaye. Ses sermons et ses textes, on en parle. Les gens écoutent et on voit après à la salle polyvalente qu’ils continuent d’en discuter. »

Jean-Claude Rochat, à la tête de l’Abbaye des Amis de Morges, travaille au sein du corps de police morgien où il dirige la police du commerce. Il est un président-abbé qui « ne tire pas, seulement au travail». Il est entré dans l’abbaye par son épouse et sa belle-famille, le jour de son mariage.

« J’adore le contact avec les gens ». Il apprécie « le mélange entre les couches sociales, la fraternité, l’amitié, les échanges « et souligne le « défi d’ouverture, de redynamiser », la particularité d’une abbaye en milieu citadin. « Les gens qui quittent le village reviennent pour l’abbaye. »

Il y a aussi la valeur du tir, « premier sport national. C’est fédératif et éducatif. Aussi pour les enfants. Les mesures de sécurité sont contraignantes, il y a de la rigueur, on ne fait pas ce qu’on veut, c’est structurant. En même temps il y a l’esprit de fête.»

Le couronnement des rois du tir, l’hommage aux membres disparus, le chant « c’était mon camarade », le culte au parc de l’indépendance, autant de moments chargés d’émotions. L’abbaye est confessionnellement neutre, son abbé-président actuel est catholique. Prendre la parole dans un culte, être devant, son travail à la police morgienne l’y a habitué. La participation au culte, « cela fait partie des us et coutumes des abbayes vaudoises et j’y tiens. »

A l’annonce du départ de l’abbé-président Valéry Pasquier, Grégoire Galland, de l’Abbaye des Fusiliers de Denges, venait d’entrer au conseil. Quand aucun volontaire ne s’est annoncé pour reprendre la présidence, il a proposé sa candidature, convaincu « qu’un navire sans capitaine est voué inexorablement au naufrage. Il vaut mieux mettre le plus simple des matelots aux commandes plutôt que de laisser une place vide. » « La satisfaction dans ce poste relève d’abord du challenge, réussir à organiser notre traditionnelle fête en faisant en sorte que nos membres et les participants aient un maximum de plaisir. Elle vient aussi dans la collaboration avec les différents membres du conseil qui offrent de leur temps libre, mais surtout dans le plaisir d’échanger avec les membres, de sentir leur confiance et de pouvoir rire avec tous. » « Le rire c’est pour moi un des meilleurs carburants qui soit. »

« Quelles valeurs vous animent ? » – « Les valeurs d’une société d’Abbaye qui me viennent en premier à l’esprit sont l’amitié entre les membres, ciment incontournable pour pouvoir perdurer, le plaisir de concourir au tir et l’envie de partager des souvenirs lors de chaque retrouvaille. Nous essayons de maintenir ces valeurs et de les cultiver de par nos différentes activités et manifestations. »

« Quels sont pour vous les moments incontournables des Abbayes ? » – « A mon sens, les moments incontournables d’une Fête d’Abbaye sont les tirs et la proclamation des résultats. Autour de ces 2 piliers viennent se greffer des moments plein d’émotions tels que le culte en plein air, les différents apéros et banquets sans oublier évidemment le cortège des enfants.

« Comment vivez-vous le lien avec la tradition religieuse ? » – «  La tradition religieuse tient une place importante au sein de nos Abbaye. J’en veux pour preuve la bénédiction du repas sous cantine et le culte en plein air. Nous essayons de maintenir un lien étroit avec les autorités religieuses afin que le religion fasse toujours partie intégrante de nos fêtes. »

05-Abbaye-5

Luc Giezendanner de l’Abbaye de Lonay a passé de la Jeunesse de Lonay au conseil, puis à la présidence de son abbaye. « Mes parents s’étant toujours beaucoup investis dans les sociétés locales et la vie du village, j’ai naturellement suivi leur exemple, d’abords au sein de la Jeunesse de Lonay puis pour les sociétés de tirs du village. En 2000, lorsque l’Abbé Hans Pfister m’a appelé pour rejoindre le Conseil de l’Abbaye, c’est sans hésiter que j’ai accepté. »

« A propos des satisfactions, cet assez difficile à définir… Il ne s’agit pas d’un ou deux gros point de réjouissance, mais plutôt d’une somme de petites satisfactions dont la joie d’avoir apporté un peu d’animation dans le village, d’avoir fait de belles rencontres et surtout d’avoir partagé de beaux moments d’amitié. Et ceci durant les fêtes triennales, les « after » des assemblées générales ou lors de rencontres tout au long de l’année. »

« Quelles valeurs vous animent ? » – « Comme déjà évoqué plus haut, c’est principalement l’envie d’animer le village, à la satisfaction de la majorité. Pour y maintenir un « esprit village » et éviter que ce dernier ne se transforme en simple dortoir. Heureusement, je ne suis pas seul, les membres du Conseil de l’Abbaye de Lonay et ceux des autres sociétés locales travaillent dans le même sens. J’ai aussi à cœur de faire perdurer l’œuvre de nos prédécesseurs, en respectant les traditions principales et en adaptant à l’ère du temps ce qui doit l’être.

« Quels sont pour vous les moments incontournables des abbayes ? » – « Cette question ne permet pas une réponse simple, car cela dépends de quelle Abbaye nous parlons. Nos fêtes sont différentes et c’est ce qui fait leur charme. Il n’y aurai rien de plus ennuyeux que d’avoir des manifestations identiques dans chaque commune. Nos fêtes sont belles car différentes, adaptées à l’histoire de leur village, de leur membre et de leurs habitants. Néanmoins, il y a un tronc commun à nos manifestations et je répondrai donc : Les tirs au stand où l’ambiance monte gentiment et les fines gâchettes font le coup de feu pour gagner les meilleures places du classement. Le culte sur la place du village. Le couronnement des Rois sous la cantine. Principalement le Roi et le Vice-Roi de la cible société qui ne sont connus que par 3 ou 4 membres du Conseil de l’Abbaye. Ce qui permet la traditionnelle « valse des pots de fleurs » impossible à décrire… Mais à vivre absolument. Les différentes verrées dans le village. Grands moments de rencontre et convivialité. »

« Comment vivez-vous le lien avec la tradition religieuse ? » – « Bien que personnellement peu croyant, j’apprécie le moment de recueillement et de spiritualité que représente le culte du dimanche matin. Ces quelques instants ajoutent un petit plus à notre fête. Cela retend les liens entre les participants, permet d’accueillir nos invités de manière solennelle et donne un peu de hauteur à nos débats. »

Pierre-Philippe Hermann de l’Abbaye des Agriculteurs de Préverenges nous partage ceci :

« Notre abbaye a plus de 200 ans d’existence (1807) nous avons une histoire et faisons partie de la vie associative du village. Notre société est bien vivante et se modernise au fil des années. Elle réunit des anciens, des dames et des jeunes. Les membres ont du plaisir à se rencontrer et à se retrouver tous les 3 ans lors de notre fête, pour beaucoup c’est un réel besoin. C’est ces raisons qui m’ont motivées à reprendre la présidence de cette société. C’est un honneur et un plaisir pour moi de continuer cette aventure. »

« Les valeurs ? La camaraderie, le respect de chacun, la tradition, la défense des valeurs de notre patrie et de notre commune, la reconnaissance du travail accompli par nos ancêtres. »

« Les moments incontournables ? Le concours de tir, le couronnement des rois, les soirées populaires et musicales, la cérémonie œcuménique, le banquet officiel. »

« Le lien avec la tradition religieuse ? Note abbaye est neutre du point de vue confessionnel. Néanmoins elle regroupe de nombreuses religions différentes de nos membres. Nous avons la chance de pouvoir nous rassembler le dimanche matin pour participer à une cérémonie religieuse à l’embouchure de la Venoge sur L’esplanade Jean Villard Gilles dans un cadre magnifique pour nous recueillir ensemble sans différence de religion. Nous devons accepter et reconnaitre toutes les religions. C’est notre liberté et le respect d’autrui. C’est notre tradition religieuse.

05-Abbaye-7

Luc-Francis Martignier de l’Union des Amis de l’Helvétie de Vullierens comprend son engagement dans un esprit de service.

« Qu’est-ce qui vous a conduit à vous engager comment abbé président ? » – « Sûrement le désir de servir l’Abbaye. Au début des années nonante, j’ai rejoint le Conseil et la Commission des Tirs, et par-là une ambiance qui mélangeait les travaux nécessaires aux organisations des fêtes et autres manifestations, les discussions sur les possibles améliorations, les mise en place d’innovations dans le respect de nos traditions et enfin, le plus important : l’amitié partagée, et de francs moments de rigolade. C’est esprit m’a poussé à m’engager comme Lieutenant d’Abbé et finalement comme Abbé. »

« Quelles satisfactions cet engagement vous apporte-t-il ? » – Le fait de commander une si belle Abbaye : 215 membres, dont un très bon nombre de personnes de 30 ans et moins, une participation record aux tirs de nos fêtes, des Assemblées générales annuelles avec plus de 100 personnes présentes. rendent un Abbé content ! Pouvoir jouer un rôle central, durant quelques années !, dans une société qui a maintenant plus de 155 ans, apporter une part d’influence dans son avenir et concourir à sa pérennité offre aussi son lot de satisfactions.

« Quelles valeurs vous animent ? » – « Notre devise est : « vivre libre ou mourir ». C’est un peu sec ! Mais il y a du vrai : l’indépendance et l’esprit de confrérie dans son premier sens, celui de l’écoute, du respect et du partage. Le fait aussi que de diriger est pour moi : donner la possibilité à … Et c’est très intéressant quand on voit le nombre de jeunes qui font partie de notre Abbaye. Enfin : l’animation de traditions vivantes, et partagées.

« Quels sont pour vous les moments incontournables des abbayes ? » – « Pour notre belle Abbaye : le couronnement des Rois lors de la fête, par les Reines et la Danse des Rois qui s’en suit, à la fin du concours de tir, devant le stand, avec la fanfare, les drapeaux, les Demoiselles d’honneurs, les membres de l’Abbaye et la présence du village : jeunes, vieux et des villages environnants. L’émotion de la prise du drapeau, le dimanche de la fête, le culte qui s’en suit et plus tard quelques moments inoubliables sous la cantine, dans les verrées lors des cortèges et au caveau plus tard encore. In fine : le lundi soir et le picoulet géant avec une émotion palpable chez les participants : on a fait l’Abbaye !

« Comment vivez-vous le lien avec la tradition religieuse ? » – « Je ne conçois pas une Abbaye sans une tradition religieuse : pour nos fêtes triennales avec le culte du dimanche matin et la bénédiction du repas, sous la cantine. Pour aussi les moments les plus tristes dans les cultes d’Adieu.  Personnellement, je prends le temps de la spiritualité et tâche d’y participer activement. Nous avons une Pasteure fantastique. Son énergie, son dynamisme et sa sensibilité rencontre beaucoup d’intérêts auprès de bon nombre de Connétables ! Notre Pasteure représente un grand avantage sur la qualité du lien entre notre Abbaye et notre Eglise.

05-Une-Abbaye-3e-choix

Jacques Perrinjaquet de l’Abbaye des Agriculteurs d’Echandens nous partage ceci : « Mon engagement comme Abbé-Président à la tête de l’Abbaye des Agriculteurs d’Echandens relève de la même envie qui m’a poussé à être membre de son Conseil : c’est d’apporter ma modeste contribution à la perpétuation de cette extraordinaire tradition vaudoise qu’est une société d’abbaye. Même si celle d’Echandens n’a officiellement « que » deux cents et quelques années, je suis sensible à cet âge respectable et à toutes les histoires, et même l’Histoire, que notre Société a traversées.

De pouvoir, tous les trois ans, être une des chevilles ouvrières de la « Fête des fêtes » de notre village, d’y croiser, à un moment ou à un autre, ses habitants et ceux qui y reviennent pour l’occasion, est certainement l’une de mes principales satisfactions. Mais il en est une, bien plus cocasse, c’est de lire la surprise dans les yeux de la personne qui entend, ici ou là, une connaissance m’apostropher d’un « Salut l’Abbé ! ».

C’est donc avec l’envie de ces rencontres conviviales, de ces moments de partage et dans le respect d’une tradition qui me tient à cœur, que je me réjouis des moments forts de notre Fête. Il s’agit, entre autre, du couronnement des Rois, le samedi soir, sur la Place de l’Eglise (si la météo le permet !) avec la population entourant la cérémonie, des banquets du dimanche et du lundi avec leurs menus convenus et leurs discours attendus (parfois l’inverse !) et du « voyage », le lundi matin, chez nos voisins Dengereux avec la réception offerte par l’Abbaye des Fusiliers.

Et le culte de l’Abbaye, me direz-vous ? Cet incontournable de la Fête, première des nombreuses étapes du dimanche, est un des moments calmes de la journée, propice à la réflexion (ou à la récupération !). Le message délivré par la pasteure est aussi attendu que bien des discours qui vont suivre sous cantine. Tous initient, par la suite, de belles discussions qui animent les occasions de partages. Ainsi la célébration du culte et la bénédiction du repas contribuent, comme bien d’autres moments de la Fête, à l’ancrage de notre manifestation dans la tradition de convivialité des Abbayes vaudoises. »